Fête du Drapeau 2025 : À Delmas, l'Émergence Patriotique redonne des couleurs à l’histoire haïtienne





Par Sauval Baldomer, Journaliste & Consultant en Gouvernance


Delmas, 18 mai 2025 — Sous le thème puissant de cette année, « Drapo n' se senbòl souverènte n', Souverènte n' se senbòl diyite n' », la Fête du Drapeau a pris une dimension toute particulière dans la commune de Delmas. Alors que le gouvernement haïtien, confronté à une insécurité croissante, a préféré célébrer à distance au Cap-Haïtien, c’est l’organisation politique Émergence Patriotique qui a tenu haut le flambeau de la mémoire nationale en organisant une parade patriotique de grande envergure dans les rues de Delmas 31 et 33.


Un symbole forgé dans la lutte : brève histoire du drapeau haïtien

Le drapeau haïtien trouve ses racines dans l’acte révolutionnaire posé le 18 mai 1803 à l’Arcahaie. Jean-Jacques Dessalines, déterminé à rompre avec l’ordre colonial, aurait retiré la bande blanche du drapeau français, ne gardant que le bleu et le rouge pour symboliser l’union des Noirs et des Mulâtres. La couturière Catherine Flon, sa nièce, aurait alors cousu les deux bandes pour former le premier drapeau haïtien.

Depuis, ce bicolore est devenu le symbole incontesté de la souveraineté du peuple haïtien. Modifié sous différents régimes politiques, il est aujourd’hui accompagné des armoiries nationales représentant la liberté conquise dans le sang et la dignité défendue au prix de luttes incessantes.


Une célébration populaire et encadrée à Delmas

Ce 18 mai 2025, Delmas a été le théâtre d’une manifestation civique d’envergure. Encadrée par les scouts du district de Delmas, appuyée par la Police nationale d’Haïti, et accompagnée du Centre Ambulancier National (CAN) pour les soins d’urgence, la parade s’est déroulée dans un climat d’ordre et de respect.

Les corps d’honneur, impeccablement synchronisés, ont ouvert le cortège avec solennité, suivis des majorettes aux uniformes étincelants, qui ont captivé la foule par leurs prestations artistiques. Les fanfares, enchaînant l’hymne à la jeunesse et la Dessalinienne, ont redonné une âme sonore à la rue. Enfin, un groupe Rara, fidèle à la tradition haïtienne, a électrisé l’ambiance avec tambours, vaksins et refrains patriotiques.

Des enfants, des jeunes, des anciens, tous rassemblés, formaient une mosaïque humaine vibrante aux couleurs bleu et rouge. Les bannières levées, les cris de joie et de fierté… tout témoignait de l’attachement profond du peuple à son symbole national.







Un thème qui résonne : souveraineté et dignité

Le choix du thème national cette année, « Drapo n' se senbòl souverènte n', Souverènte n' se senbòl diyite n' », a trouvé un écho profond dans cette manifestation. En Haïti, la souveraineté reste un combat quotidien : pour le contrôle du territoire, pour le respect des droits fondamentaux, pour une gouvernance au service du peuple.

Dans ce contexte, le drapeau devient bien plus qu’un morceau de tissu : il est le miroir d’une lutte pour la dignité. Chaque pas de la parade, chaque note jouée par la fanfare, chaque cri de ralliement scandé par la foule rappelait que la souveraineté n’est pas un don, mais un devoir national, transmis de génération en génération.


Un discours sans concession face au vide institutionnel

Devant la foule rassemblée à Delmas 33, le Premier Secrétaire National d’Émergence Patriotique, en l'occurence M. René Civil, s’est adressé à la presse, livrant une déclaration forte :

« Pendant que nous célébrons notre drapeau ici même, avec dignité, sécurité et participation populaire, le gouvernement se cache au Cap-Haïtien. Il fuit l’Arcahaie — pourtant berceau du drapeau — à cause d’une insécurité qu’il est censé combattre. Quel aveu d’échec ! Quel affront à notre souveraineté !»

Le leader politique a dénoncé une stratégie d’évitement des symboles fondamentaux de l’État, accusant le gouvernement d’abandonner les lieux historiques au profit d’un confort politique. « Le peuple n’oublie pas. Et aujourd’hui, c’est lui qui prend ses responsabilités pour honorer l’histoire. »


Une démonstration de force citoyenne

L’événement a été salué par de nombreux observateurs comme un exemple de ce que la société civile peut encore accomplir, même dans un contexte d’effondrement institutionnel. Sans grands moyens, sans logistique étatique, mais avec foi, discipline et créativité, Émergence Patriotique et les citoyens engagés ont su réinventer la célébration du 18 mai.

La parade a ainsi constitué un acte de résistance symbolique contre l’abandon du pouvoir central. Elle a surtout montré que l’identité haïtienne, bien que souvent bafouée, reste profondément enracinée dans le cœur des citoyens.


Conclusion : Le peuple au cœur du drapeau

Le 18 mai 2025 restera dans les annales non pour ce qu’a fait l’État, mais pour ce qu’a accompli le peuple. Delmas a porté le drapeau, non seulement sur ses avenues, mais dans ses gestes, dans ses chants, dans sa détermination à honorer une souveraineté que certains dirigeants semblent avoir oubliée.

« Drapo n' se senbòl souverènte n', Souverènte n' se senbòl diyite n'. »

Ce thème, porté par les tambours du Rara, les pas des majorettes, les cris des enfants et les discours des leaders, aura marqué une journée d’engagement profond. Le drapeau ne flotte pas seul : il est soutenu par celles et ceux qui refusent d’abandonner Haïti à la peur, à l’oubli, à l’humiliation.


En 2025, la fête du Drapeau fut à Delmas une déclaration d’existence, un cri de dignité, et un rappel : tant qu’il y a un peuple debout, il y a une nation en marche.

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